Mairie de Saint-Ours-les-Roches
Combien belle est la jeunesse :
Elle ne cesse de fuir.
Qu'à son gré chacun soit en liesse,
Rien n'est moins sûr que demain.
C'est Bacchus et Ariane,
Beaux et brûlants l'un pour l'autre :
Leur bonheur est d'être ensemble,
Car le temps s'enfuit, trompeur.
Ces nymphes et tout le monde
Ne cessent d'être en gaîté.
Qu'à son gré chacun soit en liesse,
Rien n'est moins sûr que demain.
Ces joyeux petits satyres,
Pris de désir pour les nymphes,
Par les grottes, les bosquets,
Leur ont tendu mille pièges ;
Puis, par Bacchus échauffés,
Ne cessent de danser, sauter.
Qu'à son gré chacun soit en liesse,
Rien n'est moins sûr que demain.
Ces nymphes ont plaisir
A se laisser tromper :
N'échappent à l'amour
Que rustres et vilains.
Puis ils se livrent ensemble
A la musique, aux chansons.
Qu'à son gré chacun soit en liesse,
Rien n'est moins sûr que demain.
Tel un sac posé sur l'âne,
Après eux, voilà Silène :
Vieux, mais pourtant joyeux ivrogne,
Alourdi de graisse et d'années,
S'il ne peut plus tenir droit,
Il s'amuse et rit sans cesse.
Qu'à son gré chacun soit en liesse,
Rien n'est moins sûr que demain.
C'est Midas qui vient ensuite :
Ce qu'il touche devient or.
A quoi sert d'avoir trésor,
S'il ne suffit à satisfaire ?
De quel agrément peut jouir
Qui ne cesse d'avoir soif ?
Qu'à son gré chacun soit en liesse,
Rien n'est moins sûr que demain.
Que chacun ouvre les oreilles,
Sans se troubler du lendemain ;
Que jeunes, vieux, hommes et femmes,
Soient tous en liesse aujourd'hui,
Et, chassant tout triste penser,
Ne cessent pas de faire fête.
Qu'à son gré chacun soit en liesse,
Rien n'est moins sûr que demain.
Amoureux, dames et garçons,
Vive Bacchus et vive l'Amour !
Musique, danse et chanson !
Qu'un doux plaisir brûle le coeur !
Plus de peine et plus d'ennui !
Que s'accomplisse ce qui doit.
Qu'à son gré chacun soit en liesse,
Rien n'est moins sûr que demain.
(écrit en 1490).
Lorenzo de' Medici (Florence, 1449 – Careggi, 1492).